Texte d’orientation

1. POSTULATS

« Je suis les liens que je tisse avec les autres »
Albert Jaccard

 

Tout être humain a des potentialités immenses. Tout homme possède en lui la totalité du genre humain.

Il est un être de culture. Il a droit à toutes les connaissances. Il est créateur et capable d’évolution si les conditions lui permettent de l’être.

Tous les lieux où les êtres humains se rencontrent, apprennent, se forment, cherchent, travaillent, et créent, sont des terrains d’éducation et de formation.

Toute connaissance est marquée par un lieu, un temps et une fonction sociale.

L’Éducation nouvelle pose la nécessité  « d’apprendre ensemble à penser autrement ». C’est-à-dire de développer une pensée complexe pour aborder la complexité du monde (Edgar Morin).

Savoir délier et relier les connaissances est à la base de cette pensée.

C’est par des apprentissages solidaires que chacun peut penser la personne dans sa dimension singulière et sociale, surtout comme acteur/actrice collectif de son avenir.

 

2. VALEURS

« Penser en présence du monde »
Édouard Glissant

 

L’Éducation nouvelle met en oeuvre dans ses pratiques, l’égalité, le respect, la solidarité. Elle encourage l’émancipation et la responsabilité, la créativité, le désir de savoir et l’esprit critique. En finalité, ces valeurs sont le moteur pour mettre en œuvre une culture de paix, pour construire ensemble la société d’aujourd’hui et celle de demain.

La mise en œuvre des valeurs de l’Éducation nouvelle se traduit par la recherche permanente de cohérence de ses « théories pratiques ».

Des valeurs qui ne vont pas sans refus :

L’homme, le citoyen, se (trans)formant à chaque instant en étant aux prises avec la culture et son environnement, l’Éducation nouvelle refuse :

–  de considérer les fatalités et les inégalités comme incontournables.
–  l’ignorance. «Refuser l’ignorance c’est faire du savoir une valeur» (Olivier Reboul).
–  l’exclusion car c’est un appauvrissement pour tous. Les êtres humains grandissent de leurs différences et de leurs échanges.
–  la dichotomie instruction/éducation.

 

3. FINALITES ET OBJECTIFS

« Contribuer conjointement à former l’Homme et le Citoyen,
à éclairer l’action par la pensée, à vivifier la pensée par l’action »
Henri Wallon

 

L’éducation nouvelle que nous recherchons vise à :

–  permettre aux hommes comme aux femmes, aux enfants comme aux adultes, de s’insérer dans l’histoire collective humaine, de devenir à leur tour acteur, actrice du monde, grâce aux savoirs et à la compréhension de tous les autres humains.
–  développer ainsi le sentiment d’appartenance à l’humanité par le partage des savoirs et, au travers de ce sentiment, la responsabilité de tous d’une culture de paix.

Ces finalités nous conduisent à :

–  refuser les distinctions de groupes, les classements hiérarchiques, les dominations, toutes formes d’exploitation, la fatalité des statuts sociaux.
–  lutter contre toutes formes de discriminations, biologique ou socioculturelle.
–  faire des lieux d’apprentissages, des lieux de construction de savoirs et de développement des personnes.

 

4. MISE EN ŒUVRE

« L’éducation nouvelle est toujours nouvelle »
Gaston Mialaret

 

4.1 Esprit de travail

L’éducation nouvelle à laquelle nous aspirons est ouverte à l’expérience, à la recherche, à la reformulation. Elle est donc sans cesse, elle aussi, appelée à être retravaillée, car en constante évolution.

L’esprit dans lequel nous travaillons se donne deux pôles : la personne, et le collectif .

• La personne :

L’Éducation nouvelle établit une relation de confiance entre l’enseignant et l’apprenant, comme entre tous les acteurs en situation de travail sur les connaissances, à partir de situations de vie concrètes et réelles. Les démarches de formation, d’apprentissage et d’enseignement qui en découlent ont  un aspect de spontanéité réfléchie, de mise en recherche, de rupture, de transformation, d’écoute réciproque, dans un climat d’échanges et de réalisations.

• Le collectif :

La position individuelle devient collective lorsque le groupe projette, recherche, élabore ensemble afin de comprendre des situations complexes d’apprentissage. C’est à travers l’auto-socio-construction que le savoir se construit d’une façon vivante et émancipatrice.

 

4.2 Modes de travail

Le GREN adhère à l’idée que toute éducation est un lieu de transformation et donc de confrontation, un lieu de construction des savoirs et des personnes. Ses membres œuvrent donc dans une dynamique de transformation, pour que chacun, chacune puisse agir sur le monde qui l’entoure, afin de restituer aux savoirs, à la création, à la culture, leur dimension d’émancipation.

L’Éducation nouvelle élabore et théorise des pratiques dans le champ des savoirs, de la culture et de la création.
Notre moteur est la recherche ensemble (coopération) et la mise en réseau (solidarité), qui nous fait s’investir (enseignant et apprenant) et s’engager en tant qu’acteur et auteur sur le terrain de l’éducation.
Notre volonté est de chercher à poser les problèmes que l’éducation rencontre dans les réalités politiques et sociales auxquelles nous sommes confrontés pour en chercher des réponses correspondant à nos valeurs.

 

4.3 Champs d’action

Nous nous adressons à toute personne qui est en charge d’éducation, de formation et d’instruction, et qui sent le besoin d’échanger sur ses pratiques, ses approches pédagogiques ou éducatives afin d’élaborer une dynamique qui ouvre des perspectives à son action.

Nous proposons des démarches pédagogiques qui mobilisent enseignants et enseignés dans une ambiance de dialectique continue multipolaire, et une participation mutuelle à la construction du savoir  – savoir être, savoir des savoirs, savoir faire.

Nous proposons d’intervenir, en organisant des ateliers, des démarches, des chantiers de réflexions permettant de travailler les enjeux de cette éducation nouvelle et sa mise en pratique — forcément différenciée dans chaque lieu— avec :
–  les écoles publiques ou privées et leurs enseignants,
–  les maisons de quartier et leurs éducateurs,
–  les colonies de vacances et leurs moniteurs,
–  toute institution et groupement qui travaillent à l’éducation.

Sur le plan international

Le GREN est membre co-fondateur du Lien international d’éducation nouvelle (LIEN), ce qui nous appelle à travailler avec d’autres groupes nationaux d’Éducation nouvelle, à organiser et participer à divers colloques, universités d’été, stages ou projets internationaux.

Nous participons à l’organisation du LIEN lui-même comme à l’ensemble de ses projets, dont les Rencontres internationales du LIEN et divers projets d’écriture.

 

5. JALONS  HISTORIQUES

« Rien n’est permanent sauf le changement »
Héraclyte d’Ephèse

 

Notre association est née en 1999 après la première université d’été de la Société Pédagogique Romande. Sa problématique et son animation avaient été confiées à des universitaires, membres de l’association Agatha et des acteurs du Groupe Français d’Éducation Nouvelle (GFEN). L’université d’été fut ainsi animée avec l’esprit, l’espoir et les modes de travail de l’Éducation nouvelle. À la fin de cette université d’été, plusieurs personnes décidèrent de poursuivre le travail. Agatha, qui  proposait le débat d’idées comme mode de réflexion et d’action sur les pratiques pédagogiques décida alors de créer notre Groupe Romand d’Éducation Nouvelle (GREN). Celui-ci reprit les orientations d’Agatha, en y ajoutant celles de la recherche pédagogique en Éducation nouvelle.

Le GREN s’est alors construit avec des personnes provenant de divers mouvements et associations (AGATHA, CEMEA, GFEN, Groupe FREINET, PI, SPG). Cette hétérogénéité en fait sa couleur actuelle. Très rapidement, il a souhaité travailler en collaboration avec les autres mouvements de l’Éducation nouvelle. Il a été ainsi un des acteurs qui a fondé, en 2001 le Lien international de l’Éducation nouvelle (LIEN), réseau reconnaissant pleinement sa filiation avec la Ligue Internationale de l’Éducation nouvelle, née à l’initiative de savants et d’éducateurs qui en 1922, au sortir de la première guerre mondiale, avaient ressenti l’urgence de lutter contre l’acceptation fataliste par les hommes de la guerre.

Un des principes fondateurs de ce grand mouvement du 20e siècle était : « L’ Éducation nouvelle prépare chez l’enfant, non seulement le futur citoyen capable de remplir ses devoirs envers ses proches et l’humanité dans son ensemble, mais aussi l’être humain conscient de sa dignité d’homme ».
De nombreux acteurs de l’Éducation nouvelle comme Langevin, Decroly, Makarenko, Korczak, Wallon, Piaget, Freinet, Oury, Freire, Gloton, Mialaret, Bassis ont nourri leur recherche avec la pensée de précurseurs tels que Rousseau, Pestalozzi, Jacotot. Leurs recherches scientifiques et pédagogiques ont contribué à forger l’identité actuelle de notre mouvement pédagogique. Celui-ci s’enrichit aujourd’hui, bien sûr, de l’ensemble des sciences humaines et expériences pédagogiques car la Ligue internationale d’éducation nouvelle le disait déjà : « Le but propre de l’éducation et ses méthodes doivent être constamment révisés à mesure que devient plus conscient le besoin de justice sociale, à mesure que la science et l’expérience accroissent notre connaissance de l’enfant, de l’homme, de la société ».

 

Fait à Genève, le 8 septembre 2011.
Groupe Romand d’Éducation Nouvelle (GREN)